Auteur indépendant : comment mon imaginaire en est-il venu à me convaincre que tout dans mon histoire m’amenait à devenir un écrivain zèbre ?

Au loin, la montagne

IL EST DES MOMENTS PROPICES AUX CONFIDENCES

Celui-ci en est un pour moi.

Au moment de proposer noir Colère en version papier, j’ai envie de vous raconter l’écrivain que je suis devenu :

  • comment l’écriture s’est imposée dans ma vie
  • comment mon imaginaire s’est arrangé pour m’amener à m’affirmer comme écrivain
  • les méandres, cabrioles et volutes déployés pour parvenir à prendre mes histoires au sérieux

Comment j’ai ressenti le besoin :

  • de donner à lire mes histoires
  • de partager mes romans
  • de faire découvrir mon univers
  • de vous confier mes personnages, leurs soucis, leurs espoirs, leurs échecs et leur joie de vivre

Et pourquoi j’ai choisi ce nom d’auteur :

matthieudeshayes.fr

Alors ?

Sans doute, ce nom me parait le plus simple et le plus représentatif.

J’avais tout d’abord opté pour :

matthieu.ecrivain.medecin.fr

Inspiré du nom de mon compte instagram : @matthieu.ecrivain.medecin

matthieu est mon prénom.

Suive de deux autres : Marie et Michel.

écrivain est devenu mon activité principale, celle qui me donne envie de me lever le matin

medecin parce que je suis médecin.

Depuis 1988, date de la réussite de mon concours de première année de médecine. Et que toutes ces années comptent dans mon et mes histoires.

J’ai finalement opté pour matthieudeshayes.fr

1.      Comme un poisson dans l’eau

1.1.   Le dernier des derniers ?

Le dessin, une certaine façon de voir la réalité

Poisson

Je suis né un 19 mars.

Signe Poisson.

Le dernier signe de la roue astrologique.

19 mars.

Dernier jour du signe Poisson.

Dernier jour du dernier signe.

Le dernier des derniers.

Mince.

Pas de bol.

Je ne comprends pas trop pourquoi, mais c’est un peu ce que je ressens parfois.

Petit garçon, c’est l’image qu’on me renvoie : toujours le nez en l’air, la tête dans les nuages, rêveur, jamais là, au courant de rien.

Pas trop à l’aise en classe, dans la cour de récréation, dans un groupe.

Je ne sais pas trop sur quel pied danser, je m’ennuie, je me demande ce que je fais là.

Un peu gauche, maladroit dans la manière de m’exprimer.

Alors, comme un poisson dans l’eau ?

A cette époque, pas vraiment.

Je suis plutôt fuyant, comme un poisson apeuré et je me cache.

D’abord dans les jupes de ma mère, que j’ai du mal à lâcher. Puis dans celles de mes maîtresses de classe.

Je suis un bon élève, sage, qui fait ce qu’on attend de lui.

Et le soir, je m’invente un personnage de héros qui sauverait mes amoureuses de l’époque et les libèrerait de tous les méchants qui leur veulent tant de mal. Un personnage fort, que personne n’ose affronter ni défier. Un personnage respecté.

1.2 Je me faufile comme une anguille

Comme un poisson dans l’eau? Pas certain…

Insaisissable

Au collège, je découvre la forêt, immense étendue feuillue à quelques coups de pédale de la maison.

Là, c’est le bonheur.

Rouler, le vent dans les cheveux, ivre d’odeur de feuilles et d’humus, de chants d’oiseaux dans les oreilles, la tête libre, loin des postures à tenir en société. Je suis moi-même. Serein. Mes pensées voltigent, accrochées aux rayons du soleil à travers le feuillage, encouragées par l’air qui remue les branches, à l’affut des animaux qui vivent autour de moi, aiguisée par les couleurs qui m’enchantent.

En société, c’est plus compliqué : je me cache derrière moi-même. Un moi-même que je ne connais pas, que je ne reconnais pas, que je ne comprends pas. Pas assez fort, pas assez beau, pas assez charismatique à mon goût, pas assez garçon, Je suis là, mais derrière ce personnage. Je m’arrange avec ça. Je me faufile entre les contraintes et les plaisirs.

Je m’habitue.

Tant que mes résultats suivent, on ne me demande rien, on me laisse tranquille.

Je passe des heures à mon bureau à rêver, à dessiner. J’imagine mes premières histoires, sans trop trouver encore le moyen de les mettre en forme.

Je dessine des BD, je commence de courtes histoires, des nouvelles, je rêvasse d’amourettes de jeune ado. C’est le temps où je lis de la science-fiction. Beaucoup de science-fiction. J’adore ça. Entrainés dans des univers imaginaires, je découvre des personnages qui par choix ou par accident, explorent des mondes inconnus et vivent des aventures extraordinaires. Voyages en vaisseaux spatiaux rutilants, traversées interminables de landes inhospitalières, villages moyen-âgeux pauvres et sales, châteaux forts effrayants, villes tentaculaires polluées et surpeuplées, régime autoritaires, révolutions, guerres, créatures de tous poils, tout y passe. Et je jubile.

Le retour à la réalité est toujours un peu compliqué.

Je le retarde le plus possible.

Je m’ennuie tant dans la vie normale.

Je ne vois pas trop à quoi tout cela rime.

Alors je fais semblant.

Pour ne pas faire de vague.

2.      Garde tes passions pour tes loisirs

Au lycée, les difficultés s’accumulent. Comme un horizon qui se chargent de lourds nuages noirs et menaçants. Notes qui baissent, travail qui stagne, ennui décourageant.

Je décroche au niveau scolaire et aussitôt je dégringole des meilleurs classes jusqu’aux classes de cancres.

Et là, je me réveille. Les yeux écarquillés, au contact d’élèves qui fument aux récrés, qui blaguent en cours, qui répondent aux profs, je découvre une classe vivante, chahutante, remuante, mais surtout vivante. La rébellion de certains, la non-conformité des autres, la maturité des filles, les milles manières de tricher en évaluations, les fous rires, les rencontres.

Ça me plait.

La vie de classe devient autre chose qu’un lieu d’apprentissage pénible. On se marre, surpris de tant d’audace, on s’amuse, on boit des café, je tombe amoureux.

J’écris toujours beaucoup, bien plus à l’aise.

Je dessine aussi, travaillant mon côté ‘artiste’ et délaissant ­­­– au grand damne de mon père – l’image studieuse et scientifique que j’ai toujours eue.  Je comprends qu’autre chose est possible. Une autre manière de. Une approche différente. Une autre voie.

Je ne vois pas encore laquelle.

Et si je ne parviens pas à la définir, je la sens.

Mais le temps des décisions d’orientation se présente.

Et si je souhaite m’inscrire aux Beaux-Art, ce n’est pas l’avis de mon paternel, pour qui l’important est de nourrir sa famille avec des ‘activités sérieuses’ et de garder ses passions pour ses loisirs.

Je ne peux pas lui en vouloir. Je ne peux pas non plus dire qu’il a tort.

A époque, je pensais juste qu’il y avait peut-être une voie qui me permette de ne pas trop me faire de mal avec des notions qui ne me motivent pas. J’aurais tellement préféré investir ma vitalité débordante au service de mon imagination et de ma créativité.

Je n’ai pas eu le cran d’affronter la volonté de mon père.

J’ai eu peur de me lancer.

Alors, délaissant les arts mais – victoire personnelle tout de même – refusant toutes études scientifiques pures et dures, j’ai trouvé une niche. Qui allie biologie et contacts humains. Qui allie prestige et bonne situation financière. Sans faire de math. Pas très artistique non plus. Mais un bon compromis.

Des études de Médecine.

Ça aurait pu être des études de Droit, mais j’ai vu d’un œil soupçonneux les élèves les plus à droite de ma classe de terminale se ruer dans cette direction.

C’est le moment où j’écris toujours plus. Mais toujours de manière discrète. Pour mes loisirs comme dirait le Daron.

C’est aussi le moment où le cinéma prend une place prépondérante. Je passe mes soirées dans les salles à vivre des films. Et à m’écrier, à chaque fois que j’en sors : « Mais bien sûr ! C’est ça que je veux faire ! »

Je veux réaliser des films ! Créer des images. Mettre en scènes des personnages. Le cinéma réuni l’écriture, l’image, le mouvement, le jeu, la musique. C’est un art complet. Je veux être réalisateur.

OK.

Mais concrètement, je regarde beaucoup de film, je suis très enthousiaste, mais n’en tourne aucun.

Un peu coincé dans le rouleau compresseur des études de Médecine, somme colossale de connaissances et d’expériences à acquérir pour être à la hauteur – pas question d’être nul quand il s’agit de décisions qui implique la vie d’autrui -, je ne parviens pas à me décider à tenter ma chance.

Je rêve de la tenter.

Je randonne beaucoup, dans les Vosges notamment. Je pédale beaucoup, dans ma forêt charmante. Je réfléchis, j’imagine d’autres possibles. Mais je ne me lance pas vraiment. Je participe à un court métrage, tente le théâtre. Mais rien ne se passe.

Alors, il me reste l’écriture qui reste un refuge où mes personnages vivent leur vie sans peur, où mes personnages se lancent dans de folles aventures sans hésitation, ne doutent pas d’eux même et file vers ce qui les fait tripper.

Bien entendu, je préfère le Drame. Offrir à mes personnages la possibilité de réussir est un luxe que je ne leur laisse pas, trop mesquin et trop envieux de leur liberté.

3.    Des ronds dans la mare

Du temps

Le temps n’est pas ton ennemi

Il va me falloir beaucoup de temps pour concilier mon envie d’écrire qui se renforce, ma profession – j’ai fini par arriver au bout de mes études et exerce depuis un certain nombre d’années maintenant – et ma vie de famille.

Un temps de maturation diront certains.

Le temps de saisir un peu ce que je veux.

Et ce que je ne veux pas.

Du temps pour pouvoir refuser ce que je ne veux pas.

Du temps pour y voir clair.

Et nos enfants ont ce don d’appuyer sur nos faiblesses. Le don de mettre en évidence nos contradictions.

Quand ma fille ainée m’annonce en classe de seconde qu’elle arrête les maths et la physique, je m’étrangle. « Mais tu ne peux pas, c’est important, qu’est-ce que tu vas faire plus tard si tu arrêtes les maths et la physique. – Je n’en sais rien, mais j’arrête. »

Quand on découvre l’hypersensibilité de notre fils. On parle aussi de précocité. J’ai toujours été un peu méfiant envers ce concept de précocité, de surdoué, un peu méprisant aussi mais la vérité est toute autre.

4.      Le poisson zèbre

être un zèbre, c’est …

Ou l’hypersensibilité n’est pas un boulet mais une formidable chance dans mon métier et surtout dans ma passion pour l’écriture.

Je ne sais pas si c’est le bon endroit pour évoquer ces notions. Mais elles sont fondamentales dans mon existence. Autant pour comprendre le comportement de mon fils, celui à qui est dédié noir Colère, celui par qui tout est arrivé, que pour embrasser tout ce qui me trouble depuis ma petite enfance.

Au terme précoce je préfère celui de Zèbre. Pourquoi cet animal noir et blanc ? Je ne me rappelle pas. Rapport à ses innombrables rayures qui font de lui un être unique ?

Les enfants – et les adultes – zèbres ont une pensée en arborescence. Autrement dit, la pensée normale va aller d’un point A à un point B puis C sur un mode linéaire qui permet le développement et l’élaboration d’une idée. C’est le contraire qui se passe chez le zèbre : la pensée va produire une arborescence de pensée en A, qui va se démultiplier en B et ne jamais arriver en C. Ce mode de pensée est très riche mais déstabilisant, très gourmand en énergie et difficile à mener à terme. A l’école, les questions posées deviennent insolubles et un grand nombre d’élèves se retrouvent en échec scolaire. Une question en appelle une autre puis une nouvelle et une encore et l’enfant se perd jusqu’à parfois ne pas pouvoir répondre.

Cette pensée ne devient un atout que lorsqu’on en prend conscience et qu’on apprend à la maîtriser. Ce qui prend du temps.

Le corolaire de cette pensée en arborescence est l’impossibilité de faire des choix : chaque décision déclenche une tempête de pensées, de calculs de conséquences, de prévisions, de doutes, d’embarras, d’incertitude.

Deux conséquences :

La première est le développement d’une anxiété anticipatoire qui, si elle est toujours désagréable, voire invivable, peut devenir paralysante.

La seconde est la mise en place d’une volonté de tout maitriser, une recherche de stabilité, un comportement d’évitement de tout ce qui peut amener du changement et une grande satisfaction quand tout se déroule comme prévu.

Le corolaire immédiat est l’apparition d’une intolérance totale à la frustration. Tout ce qui sort du plan initial nous replonge dans cette tempête et tous les efforts échafaudés pour l’éviter sont soudain anéantis. L’’impression de se noyer est telle qu’une colère nous secoue, issue d’un sentiment d’échec et de reproches : on ‘est fait avoir’, on ‘nous a poussé à perdre le contrôle’, ‘j’avais tout préparé pour éviter ça, ce n’est pas ma faute’.

Un discourt assez parano ou victimaire.

Ainsi, ce qui donne l’illusion de colères de caprice ou de sale gosse mal élevé à qui on cède tout est un phénomène bien plus complexe, une réelle mise en abîme de l’enfant ou de l’adulte, une angoisse ravageuse qui nous et s’exprime par colère, regrets et condamnation hâtives et souvent fausses.

Bon, je pourrai vous exposer ces notions pendant des heures et je le ferai bien volontiers si cela vous intéresse.

Parce qu’après, on entre dans des considérations qui me font penser au roman DIVERGENCE où on pourrait imaginer que les zèbres précoces surdoués hypersensibles seraient porteurs d’un pouvoir de 6è sens, d’intuition, de sensibilité extrême à leur entourage et à l’univers. Des êtres qu’il faudrait s’empresser d’anéantir.

La précocité est une richesse.

Certes, mais à quel prix ! Au prix d’un isolement social, d’un cerveau qui carbure non-stop, de crises d’angoisse, d’un état de mal-être permanent, d’une impression de ne pas être équipé pour le bonheur.

5.      Il n’y a pas de hasard

Donc, comme un poisson dans l’eau ?

Pas vraiment. Je suis comme un poisson écorché et je tente de faire de mon mieux pour avancer vers ce qui me motive, sans savoir d’ailleurs vraiment ce qui me motive, jonglant entre ce qui me déplait, me coûte, me pèse, me saoule, m’épuise et m’ennuie. Je compose ainsi avec les contraintes plutôt qu’avec le naturel. Mes journées sont des quêtes permanentes vers ce qui me fait rêver.

Sans trop savoir ce qui me fait rêver.

Et c’est bien là le nœud dans ma vie pendant toutes ces années passées à l’hôpital. Je rêve d’une autre réalité, mais sans parvenir à en définir les contours. Et devant ce flou visuel – je réalise que je suis myope comme une taupe – je préfère avancer en médecine au lieu de « ne rien faire. »

Ne rien faire.

Un autre light motif chez nous.

C’est mal de ne rien faire.

Pourquoi ? No se.

D’où ça vient ?

De plus haut mon Général. Bien plus haut.

Des temps où on avait tant de travail à accomplir que tout moment de halte était perdu ?

Je préfère avancer mais pour me rendre où ? Vers la ligne bleue de l’horizon ?

Définition proposée par Edouard Philippe : pour faire bien, il faut voir loin !

Définition proposée par Anne Roumanoff : ligne imaginaire qui recule au fur et à mesure qu’on avance.

Je me situe bien évidemment du côté d’Anne Roumanoff. Pas que je prétende qu’Edouard Philippe raconte des salades – on n’est pas ici pour parler politique -, mais parce que j’aime rire de tout !

Quand même l’horizon se brouille, l’imagination prend les commandes.

L’écriture et le cinéma m’accompagnent donc dans ces moments de doute ou d’espoirs mal définis.

La montagne aussi. Moments suspendus loin des obligations glauques de la vallée.

Moments infinis et prolongés en montagne.

Redescente retardée.

Je traine les pieds, pas pressé.

La vie quotidienne est un ennui grisâtre.

A l’hôpital, la confrontation régulière avec la mort et la maladie, la souffrance et l’impuissance, me malmènent. Je ne sais pas trop comme les gérer.

Je découvre tardivement le concept d’empathie.

Souffrir avec.

Mais pas souffrir à la place.

Ni me projeter dans les souffrances des patients dont je m’occupe.

La nuance est importante mais la réalité est autre.

Je prends tout dans la figure.

Je ne me protège pas assez.

Je me dis surtout que je serais davantage stimulé par des activités créatrices, par des rencontres avec des gens enthousiastes, des activités qui me font rêver.

Le cinéma en est une.

Et que de fréquenter la maladie me plombe le moral, m’entraine vers les tréfonds de la vie.

Et je me demande souvent où j’en serais si j’avais passé autant d’heure à écrire et tourner des films au lieu d’apprendre et de pratiquer la médecine.

Mais à bien y regarder. Est-on vraiment à sa place par hasard ?

Si je regarde mon parcourt avec un peu de subjectivité bienveillante, je m’aperçois rapidement que je suis tout à fait à ma place. Celle que j’ai choisi. Par petites touches.

J’ai rêvé de montagne, mais j’ai choisi la faculté de Montpellier et non celle de Grenoble.

J’ai rêvé de cinéma, mais je n’ai pas réellement fait de choix dans cette direction. Me convaincre qu’à l’âge de 18 ans je n’avais pas accès aux écoles privées de cinéma qui n’existaient pas ni à la vidéo qui n’existait pas non plus est un écran de fumée. J’ai beaucoup vu de films, j’ai rêvé d’en faire mais je n’en ai pas fait.

Je me répète que la médecine est trop funeste et que ma santé mentale en est affectée. Cette vision est très exagérée : les hôpitaux et les cabinets médicaux ne sont pas remplis que de personnes agonisantes. Les relations et les contacts avec les patients sont riches, gratifiants, originaux, intimes, passionnants. Les situations drôles sont fréquentes. Et les liens avec les équipes hospitalières sont sympathiques, enthousiasmantes, cocasses, marrantes et stimulantes.

J’occupe la place que je me suis choisie.

Et c’est une belle place.

Médecin aux Urgences.

A mi-temps.

Père de 4 enfants.

Vivant à la campagne.

Dans une petite maison charmante.

Avec du temps pour marcher et pour écrire.

6.      Le syndrome de l’imposteur, vous connaissez ?

Où pourquoi je choisi l’écriture au cinéma

Mes tentatives de cinémas ont été timides mais régulières.

Un court-métrage avec un groupe un été de mes premières années de Médecine. Scénario peu convaincant et résultat peu stimulant.

Deux courts métrages réalisés lors de mes années d’objection de conscience : le premier très académique avec de belles rencontres de comédiens et une chouette équipe technique, de beaux moments de travail en groupe, une présentation en festival calamiteuse.

La joie de sentir des personnes me suivre sur un projet.

Le second court métrage est plus léger et plus marrant, avec de supers comédiens, un résultat sympa et une belle soirée de présentation. Mais une sensation d’épuisement. Je n’ai pas osé déléguer les tâches ingrates – recherche d’accessoires, préparation de chaque scène et toutes l’intendance. Le résultat est un tournage laborieux, très anxiogène et épuisant.

Quinze ans passent.

Et je me relance. Nouvelle équipe, nouveaux comédiens. Un résultat sympa, une très belle soirée de présentation en collaboration avec les travaux vidéo des élèves de première option cinéma du lycée.

Et puis l’écriture d’un scénario de court métrage sélectionné par la plateforme WeFilmGood pour des journées de rencontres avec des producteurs au Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand. Là je découvre la grammaire cinématographique, une équipe motivée et compétente et de très belles rencontres. De magnifiques films et d’autres que je trouve décevants.

La rencontre avec un producteur.

La notion du travail faramineux à fournir.

Et je renonce.

Pourquoi ?

Un ami me dit : « C’est difficile de renoncer alors que toutes tes expériences de cinéma ne sont pas des expériences professionnelles. Tente un travail de réalisation pro et tu décideras. »

Je pense que cela m’effraie de trop. Que je ne me sens pas assez légitime.

Le fameux syndrome de l’imposteur.

Nous y voilà.

Il manquait à la liste celui-là !

Je sais que je me sens vraiment bien sur un plateau de tournage, bien à ma place, adapté, non dépassé, lucide sur les situations. Calme et disponible, de la même manière que je le suis sur les lieux d’un accident, à gérer une victime et à travailler ensemble pour la conditionner dans les règles de l’art.

Alors ?

Sortie trop intense de ma zone de confort ?

P’tet ben qu’oui, comme y disent chez moi, là-haut, en Normandie.

Peut-être le scénario n’est-il pas assez bien ficelé. Peut-être ne fait-il pas assez l’unanimité.

« Tu fuis dès que les choses deviennent concrètes » remarque mon épouse.

Elle n’a pas tort.

Je me réfugie derrière le manque de temps, la situation de la famille encore trop serrée, derrière mille raisons.

Et puis je choisi de me réfugier finalement derrière l’écriture de romans, activité plus solitaire, plus adaptable à mon emploi du temps, moins chronophage, moins exposée.

Mais aussi moin ‘fun’.

Le cinéma, c’est la classe !

Ça en jette !

Tout le monde est fan de cinéma.

L’écriture est plus modeste, moins visible.

Plus dans mes cordes.

Actuellement en tout cas.

7.      L’épreuve du feu

Où je décide de m’auto publier et de montrer tous mes textes

Où je décide de créer un site d’auteur

Et où je décide d’y croire à fond

A quel moment je décide qu’écrire est devenu une activité fondamentale pour moi ?

A quel moment je décide de prendre l’écriture au sérieux ?

A quel moment je décide d’annoncer que j’écris des histoires, de donner mes textes à lire, de me dévoiler ?

Sur une plage lointaine.

Donner à lire ce que j’écris est une épreuve. L’épreuve du feu. L’épreuve de vérité.

Au fond de moi, je crois en mes histoires. Ou en tout cas je les aime assez pour avoir envie qu’elles existent en dehors de la sphère de mon imaginaire. Que mes personnages poursuivent leur vie ailleurs, dans d’autres imaginaires.

Je me suis écrié très récemment face à des sommets « Je veux écrire ! Je veux être publié ! Je veux vendre des centaines de milliers de livres ! »

Je réussi plutôt pas mal le test de lecture.

Les retours de mon entourage sont bienveillants et encourageants.

Alors je dresse le bilan de mes histoires :

Héraklion 21 décembre

J’ai un roman écrit en 1996 que j’ai beaucoup aimé écrire et qui représente mes années d’Interne en Médecine et d’objection de conscience. Ce livre raconte mes difficultés aux Urgences et mes nombreuses balades dans l’arrière-pays de Montpellier. Il est un peu ma bouée de sauvetage. De nombreuses personnes de mon entourage l’ont lu et leur retour est stimulant.

J’ai écrit une suite qui se déroule dans le décor des paysages du Jura, ma deuxième Terre natale. Cette suite est restée lettre morte, non abouti. Trop ambitieuse ?

Du miel de Ville, Où sont passés les Écureuil du Parc ? Églantine à la rescousse

« Pourquoi tu n’écris pas des histoires pour les enfants ? » me propose un ami.

Je mets aussitôt en pratique ce conseil et écris une histoire pour chacun de mes enfants.

Puis, pris au jeu, de nombreuses histoires que je propose aux rédactions de J’Aime Lire et de Mes Premiers J’Aime Lire. Ils ne retiennent pas mes textes mais chacun de leurs commentaires est encourageant : ‘vos personnages sont vivants et attachants’, ‘vos dialogues sont fluides’, ‘vos histoires sont bien rythmées et bien équilibrées’. Mais ? Mais il manque toujours le petit quelque chose pour que mon histoire soit retenue. Je persévère. Mais ne parviens pas à franchir la ligne de leurs exigences. Pas grave, je continue au motif qu’ils me répondent à chaque fois et que cela est plutôt encourageant.

Pas comme les maisons d’éditions qui se murent dans le silence ou se fendent d’une simple phrase laconique : « merci de l’attention que vous portez à notre maison d’édition mais nous sommes aux regrets de vous annoncer que votre manuscrit ne peut entrer dans aucunes de nos collections blablabla… »

Les maisons d’éditions reçoivent tant de manuscrits qu’ils ne peuvent pas tous les lire. Je comprends. Cependant, je me dis qu’ils lisent bien tout de même les premières lignes, non ? Alors ils peuvent répondre que le début ne les a pas emportés, que le texte est mal écrit, qu’ils n’ont pas été emballé par ce qu’ils ont lu. Ou peut-être que retravailler les premières phrases donnerait envie d’aller plus loin, que le thème est mal choisi ou pas sexy, que les personnages sont présentés maladroitement. Bref, l’impression d’avoir été un peu lu et qu’on a considéré un peu notre travail.

Le nombre de manuscrit ne justifie pas le mépris ni le dénigrement.

Les maisons d’éditions ont besoin de nouveaux textes et nouveaux auteurs pour survivre.

Alors ? Un peu de respect, non ?

OUTLAW, la Vallée des Clowns de fer

Je découvre Wattpad, une plateforme où les ados postent leurs histoires chapitres après chapitres. Les textes sont faciles à lire et à commenter. Comme sur les réseaux sociaux, on recueille des abonnés, on vote, le nombre de vue augmente. C’est stimulant, on suit des histoires, on est suivi, c’est sympa.

J’écris Outlaw, l’histoire d’un monde lointain où la société est partagée en deux : les dirigeants et les esclaves. Betubelig est une jeune fille esclave. Elle vit le long de la frontière et à 18 ans, elle doit rejoindre une famille riche et lui donner 10 ans de sa vie. Betubelig refuse et s’enfuit au-delà de la frontière. Sa fuite est une longue suite de péripétie pour retrouver sa liberté.

Hippo, le journal d’un jeune étudiant en Médecine

J’écris ensuite les tribulations d’Hippolyte et de Jérômine, deux étudiants en 4è année de Médecine qui découvre l’hôpital, où la confrontation des rêves des jeunes étudiants face au monde impitoyable des services hospitaliers. Bien entendu, je m’appuie sur mes souvenirs de ces années et je me prends au jeu du duo Hippo/Jérômine. Je termine le premier volet de leurs pérégrinations et l’envoie à une trentaine de maisons d’Edition. Une seule me répond avec un courrier argumenté : le récit n’est pas assez tranché entre un témoignage et un roman. C’est sincère et constructif.

Synapses 1.0

Entre temps, j’écris un polar : l’histoire de Max et Valentine, flic tous les deux, sur les traces du meurtrier d’une femme sulfureuse. Mais l’une cherche son intuition perdue et l’autre se bat contre ses démons. L’intrigue est un peu coincée et je me mets en pause.

Noir Colère

C’est le roman que je m’apprête à sortir en livre broché.

L’histoire de David, jeune lycéen populaire, qui se bat contre sa colère aveugle en se lançant des défis en moto et qui regarde sa famille avec mépris. Il est secrètement amoureux de Julie, une lycéenne de sa classe qui lutte contre toutes les formes du Patriarcat. Bien entendu, chacun dissimule un secret et David se retrouve finalement le plus prévisible de tous.

8.      Mon premier roman en livre

trop fier!

Finalement, noir Colère est mon premier roman à sortir sous forme de livre.

Imprimé par Amazon, certes, mais un vrai livre.

Dans ce contexte, vive l’auto-édition !

Je découvre grâce aux réseaux sociaux – Instagram et Facebook pour ne pas les nommer – une communauté vivante, entreprenante, qui communique, qui joue de trouvailles, qui surfe sur les supports digitaux, dynamique, optimiste et joyeuse. Partage de conseils, de combines, de trucs et d’astuces au programme.

Pas de rétention d’information.

Une communauté qui encourage à franchir le pas, à s’auto-publier et à marketer.

Avec à la clef, cette possibilité formidable de présenter mes histoires à un large public.

C’est ce qu’il me faut.

9.      Bilan des courses

Alors ? Au final ?

Un métier dans lequel je m’épanouis.

Un métier qui me laisse profusion de temps.

Une activité d’écriture qui me permet de libérer mon imaginaire.

Des histoires auto-éditées.

Une hypersensibilité que je parviens à mettre au service de mon imagination et de mes personnages, de mes randonnées et de mes rêves et que je mets en retrait lorsque que je ne me sens pas très à l’aise en société. Une hypersensibilité que je sais être un atout pour l’écriture et que je ne considère plus comme un boulet. Une hypersensibilité sur laquelle je peux m’appuyer avec confiance.

Un entourage soutenant et bienveillant.

Une maison à la campagne.

Un gentil chien discret qui ne rêve que de balades, toujours prêt à m’accompagner pour marcher.

Des forêts et des montagnes à portée de chaussures.

Que demander de plus ?

Je suis un écrivain zèbre.

Parce qu’atypique – c’est le propre de chaque écrivain.

Et même de chaque personne !

Ecrivain solitaire, heureux de l’être.

Mais je ne suis pas un être solitaire.

Je vis au milieu des miens, de mes amis et de mes collègues, avec beaucoup de plaisir et de joies.

Ecrivain curieux de tout. Surtout ce qui touche à l’humain et à l’environnement.
Ecrivain ambitieux : donner à lire mes romans est devenu une priorité.
Ecrivain médecin, forcément.
Ecrivain père de 4 enfants et écrivain mari d’une femme charmante et courageuse.

Liens :

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@l’auto-édition

@Et la médecine là-dedans ?

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