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	<title>matthieu deshayes</title>
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	<description>matthieu ecrivain et médecin</description>
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		<title>Drôle d’endroit pour un rendez-vous</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Mar 2022 17:56:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écrire tous les jours : ma participation quotidienne au jeu des micronouvelles de @keot]]></category>
		<category><![CDATA[morts vivants]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un parking pourri en béton délabré, fissuré, jonché de déchets et d’objets divers, à proximité du port où stagnent des carcasses rouillées de bateaux à moitié coulés. Sans compter l&#8217;impression d&#8217;avoir risqué ma vie au moins dix fois pour parvenir jusqu’à cet endroit déprimant. Je jette un œil à ma montre. J’ai huit minutes d’avance. [&#8230;]</p>
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<p></p>



<p>Un parking pourri en béton délabré, fissuré, jonché de déchets et d’objets divers, à proximité du port où stagnent des carcasses rouillées de bateaux à moitié coulés.</p>



<p>Sans compter l&rsquo;impression d&rsquo;avoir risqué ma vie au moins dix fois pour parvenir jusqu’à cet endroit déprimant.</p>



<p>Je jette un œil à ma montre. J’ai huit minutes d’avance. Je lui en donne douze pour arriver. Sinon, je me casse. Il n’est pas né celui qui me fera attendre, je vous l’annonce cash.</p>



<p>Les secondes passent. J’évite de regarder par la fenêtre le spectacle désolant, j’évite de constater que je suis seul à attendre dans ce coupe-gorge, j’évite de respirer les odeurs fétides de pisse qui envahissent l’habitacle, j’évite d’écouter les crissements de pneus et les sirènes qui me rappellent que j’ai atterri dans les bas-fonds de la ville. On ne voit même pas la mer. J&rsquo;admire le ciel qui se colore de rose et de violet avec le soir qui tombe, je contemple trois mouettes planer dans l’azur et, avec un sourire, j’aperçois un bout de lune. Satisfait de ma capacité d’adaptation — savoir me nourrir de la beauté qui m’entoure sans focaliser sur la merde ambiante —, je décompte les minutes. Plus que sept.</p>



<p>Quelle idée de se retrouver dans un lieu si sordide. Après toutes ces années.</p>



<p>La lune se voile brutalement, masquée par un nuage opaque qui semble monter de la mer. Une brume aussi épaisse que soudaine. Aussi soudaine que malsaine. Aussi malsaine que bizarre.</p>



<p>Il reste quatre minutes.</p>



<p>Je m&rsquo;aperçois que je n’ai pas éteint le moteur de mon coupé Mercedes SLC 107 modèle 1980 — probablement par instinct de survie, pouvoir m’enfuir au premier signe chelou — et que le faisceau de mes phares à travers ce brouillard fait de moi une cible parfaite. Je n’arrive pourtant pas à me décider à tout couper.</p>



<p>Une mauvaise odeur de pourriture s’élève en même temps que cette saloperie de purée de pois. La radio balance un vieux tube de Mavies Staples endiablé qui ne colle pas du tout à l’ambiance. Plus qu’une minute. Les yeux fixés dans la lumière des phares comme un putain de papillon, les mains moites crispées sur le volant, les dents serrées, je m’apprête à déguerpir quand apparait une forme informe devant moi. Une monstruosité gluante qui tente de s’extraire de la brume.</p>



<p>Qu’est-ce c’est que cette blague&nbsp;?</p>



<p>J’enclenche la première et fonce dans le tas. L’horrible horreur ne prend même pas la peine de m’éviter et je la percute dans un choc flasque. Mon pare-brise est aussitôt éclaboussé de bave et de glaires. Je mets les essuie-glaces. Première erreur. L’écume visqueuse s’étale et réduit totalement ma visibilité. Comme il m’est inenvisageable de m’arrêter, j’ouvre ma fenêtre et sors la tête pour tente de m&rsquo;extraire du parking. Seconde erreur. La puanteur est telle que la nausée me submerge. Je percute quelque chose, la Mercedes patine et glisse en travers du passage. Je vomis sur ma chemise blanche. Pas question de faire une halte. Je recule brutalement, le souffle court. Troisième erreur, je heurte à nouveau un objet, à moins que ce ne soit toujours ce truc gluant. J&rsquo;appuie fort sur l&rsquo;accélérateur. Mais ma voiture est comme collée et n’avance pas. La panique me submerge. Je n’y vois plus rien, suis bloqué, dégueulasse, plein de vomis, dans cette pestilence ignoble et insalubre. Les notes aiguës de la guitare de Popa Chubby se perdent dans l’obscurité.</p>



<p>Mais qu’est-ce que je suis venu foutre dans ce bordel&nbsp;!</p>



<p>Tout ça pour revoir cette pute de Betty en espérant me faire sucer et la sauter en souvenir du bon vieux temps, quand j’étais fauché et qu’elle me laissait la baiser gratis.</p>



<p>D’ailleurs, elle est où cette morue&nbsp;?</p>



<p>Une seconde, je me suis imaginé que c’était sur elle que j’avais foncé. Pas possible. Cette immondice ne pouvait pas être la belle Betty, longue silhouette élancée, chevelure de lionne, poitrine à rendre fou l’humanité entière et un cul à faire bander un mort.</p>



<p>Je lance une nouvelle fois la voiture et me décolle enfin. La sortie du parking est bloquée par un obstacle mouvant et indéfini. Je fonce en rentrant la tête et en fermant les yeux. Quatrième erreur. La voiture fait un bond et je me cogne au plafond. Quand je ressors la tête, c’est pour constater que mes phares n’éclairent plus, obstrués par des paquets de cette chose immonde. La voiture est propulsée plein gaz dans la nuit puante et fétide. Je me contracte, m’attendant à tout moment à une collision qui me serait fatale. Mais rien. La voiture roule à tombeau ouvert et rien ne se produit. Aucun obstacle. Nick Cave chante Euthanasia de sa voix rauque et mélancolique.</p>



<p>Je jure de rembourser tout l’argent que j’ai volé à mes clients si je me tire de cette situation. Je rendrai aussi le fric que j’ai piqué à mes parents, ces fils de putes. Et même ce que j’ai détourné sur la pension de mes gosses, ces bâtards.</p>



<p>Une accalmie, une lueur. Et l’espoir revient. Cinquième erreur. Une masse mousseuse tombe sur la Mercedes et la cloue au sol. Je n’ai que quelques secondes pour me décider avant de mourir asphyxié. Alors j’abandonne la mercos. Sixième erreur. Où j’imagine pouvoir me rendre en courant&nbsp;? Nulle part, bien entendu. J’ai à peine démarré ma course, que je sens une main m’attraper la cheville. Une créature s’est accrochée à ma jambe et se laisse trainer derrière moi. Un hurlement me vrille les oreilles. Il me faut plusieurs secondes pour réaliser que ce cri vient de ma bouche. Que c’est moi qui braille comme ça, cri de dément.</p>



<p>Me reprendre.</p>



<p>Je dois me reprendre.</p>



<p>Rien de tout cela n’est possible. Pas possible du tout. Ce ne sont que des hallucinations. Une mauvaise plaisanterie. Une caméra cachée. Une mise en scène organisée par mes potes. Je me mets à rire et à appeler. Que c’est bon, ils peuvent arrêter leur cinéma, que c’est OK, j’ai eu bien peur, qu’ils ont certainement des images bien salées de ma trouille, et qu’ils peuvent tout stopper, j’ai eu mon compte. Septième et dernière erreur. Mes potes&nbsp;? Quels potes&nbsp;? Ceux que je gruge avec mes placements financiers crapuleux&nbsp;? Une mise en scène&nbsp;? Quelle mise en scène&nbsp;?</p>



<p>J&rsquo;ai bien l&rsquo;impression que personne ici n’a le sens de l’humour.</p>



<p>Quelque chose de dur me frappe la tempe. Une balle de caoutchouc&nbsp;? Pas vraiment. Un espèce de ver mou et sirupeux m’entoure la gorge. J’ai beau tirer dessus de toutes mes forces, pas moyen de m’en défaire.</p>



<p>Et là, je croise un putain de cycliste. Raide sur sa selle. Droit comme un piquet. Je l’appelle à l’aide et quand il tourne la tête vers moi, je constate, affolé, deux immenses trous noirs à la place de ses yeux. Il cherche à me prévenir de quelque chose mais sa mâchoire se décroche et ses dents tombent. Je suis sa trajectoire rectiligne qui s’achève contre un poteau. Le cycliste, démembré, éclate comme une tomate trop mure. Et son vélo poursuit sa route, seul, un moment, avant de se basculer dans les eaux noires du port.</p>



<p>Un corps mou atterrit sur mon visage. Un bloc de gelée pégueux et gerbant. Une vermine qui se plaque sur moi comme une ventouse. Je ne vois plus rien et je ne peux plus respirer. Que me reste-t-il comme option&nbsp;? Me jeter à mon tour dans le port, rejoindre le vélo, en espérant que cette cochonnerie sirupeuse ne supporte pas la flotte et se décolle.</p>



<p>Je me précipite dans le sillage du deux roues, à l’aveugle au bord de l’asphyxie. Je cours jusqu’à ce que le sol se dérobe sous mes pieds et que je perçoive, après une brève chute, l’eau glacée. Je me laisse couler, tentant de tenir le plus longtemps possible sous l’eau, privé d’oxygène. Le mégatruc semble ne pas aimer du tout se baigner et je sens que la ventouse cède. D’un mouvement de la main, j’arrache la charogne de mon visage et nage jusqu’à en perdre haleine. Dans le noir, je percute un élément dur, qui resonne comme du métal.</p>



<p>Les quelques neurones qui fonctionnent encore parviennent à s’assembler et à proposer à mon esprit au bout du rouleau, un scénario plausible&nbsp;: le métal est probablement la coque d’un des rafiots du port. Et si le métal résonne, c’est qu’il fait caisse de résonnance. Et donc qu’il y a de l’air derrière. Et justement, ma main droite perçoit une ouverture dans la cloison. Je joue mon joker. Je me propulse à travers le trou, pousse à l’aide de mes jambes et me laisse remonter. Bingo, une poche d’air&nbsp;!</p>



<p>C’est un miracle.</p>



<p>De longues minutes me sont nécessaires pour reprendre mon souffle. J’ai cru ma dernière heure arrivée. Quel cauchemar.</p>



<p>J’ai froid, je claque des dents, mais je m’en moque. Et je commence à peine à réfléchir à un moyen de me sortir de là, que je sens à nouveau quelque chose m’effleurer la jambe. Mes nerfs lâchent. Un hurlement s’échappe de mes poumons, sans que je puisse en contrôler ni le volume ni la durée. Cette fois, je suis cuit, comme une écrevisse dans sa cocotte bouillante.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hey&nbsp;! Salut&nbsp;!</p>



<p>Dans la luminosité violette qui règne dans l’épave, je distingue une femme à la longue chevelure trempée. Son sourire découvre ses dents blanches et ses yeux luisent d’un éclat troublant.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Betty&nbsp;? je balbutie, incrédule. La peur que tu m’as collée&nbsp;!</p>



<p>C’est bien elle. Elle rit en constant mon visage ébahi.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu… Tu es venue à mon secours&nbsp;? je bredouille, prêt à fondre en larme de reconnaissance.</p>



<p>Elle s’approche. Je suis sauvé. Betty est venue me chercher. Elle va me ramener chez moi. Je jure de la couvrir d’or tout le reste de ma vie.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mer… Merci, je dis encore. Et je l’enlace et me serre contre sa poitrine.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Nous allons rester cachés ici ensemble jusqu’à ce que le jour se lève, je dis, à nouveau plein d&rsquo;espoir. À la lumière du soleil, ces monstruosités se tireront. Ça doit être pareil que des vampires.</p>



<p>J’embrasse sa bouche. La fraîcheur de ses lèvres est douce et si réconfortante. Je me presse contre elle, tellement soulagé. Cette soirée macabre prend fin. Dans les bras de Betty. Que souhaiter de mieux&nbsp;?</p>



<p>Ne jamais baisser la garde. Telle est ma devise. Ou plutôt, telle <em>était</em> ma devise. Car une chose inattendue se produit. La bouche de Betty s’ouvre et commence à m’aspirer. Comme une araignée pompe le contenu de la mouche qu’elle a prise au piège de sa toile après lui avoir injecté son venin.</p>



<p>Sa langue s’introduit dans mon crâne et, comme une paille, lèche et gobe mon cerveau. Puis elle rejette ma carcasse devenue inutile avec un rot satisfait.</p>



<p>Avant de rendre mon âme au diable, il me semble entendre une voix sadique persifler&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T’es vraiment le roi des connards. Tu imaginais que j’allais encore te sucer la queue à l&rsquo;œil, tu t’attendais pas à la cervelle, hein&nbsp;! T’es vraiment trop naïf mon pauvre ami&nbsp;!</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/1_20220316_135520_0000-1-1024x1024.png" alt="" class="wp-image-923" srcset="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/1_20220316_135520_0000-1-1024x1024.png 1024w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/1_20220316_135520_0000-1-300x300.png 300w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/1_20220316_135520_0000-1-150x150.png 150w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/1_20220316_135520_0000-1-768x768.png 768w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/1_20220316_135520_0000-1-1536x1536.png 1536w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/1_20220316_135520_0000-1-2048x2048.png 2048w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/1_20220316_135520_0000-1-640x640.png 640w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>

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		<title>3615 JOSEPHINE</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Mar 2022 10:15:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écrire tous les jours : ma participation quotidienne au jeu des micronouvelles de @keot]]></category>
		<category><![CDATA[minitel rose]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Tu souhaites lire des micronouvelles? Lis 3615-JOSEPHINE et donne-moi ton avis en commentaires! Bonne lecture! 3615-JOSEPHINE On est quatre dans la petite pièce, chacun séparés par une cloison transparente. Au fond, Robert et Patrick, et à côté de ma cabine, Joëlle, la seule femme du groupe. Un grand silence plane parmi nous. Silence simplement ponctué [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<h4 class="wp-block-heading">Tu souhaites lire des micronouvelles?</h4>



<h4 class="wp-block-heading">Lis 3615-JOSEPHINE et donne-moi ton avis en commentaires!</h4>



<h4 class="wp-block-heading">Bonne lecture!</h4>



<p></p>



<h1 class="wp-block-heading">3615-JOSEPHINE</h1>



<p>On est quatre dans la petite pièce, chacun séparés par une cloison transparente. Au fond, Robert et Patrick, et à côté de ma cabine, Joëlle, la seule femme du groupe.</p>



<p>Un grand silence plane parmi nous. Silence simplement ponctué de milliers de minuscules claquements, rapides et répétitifs. Tous les quatre penchés sur nos claviers, une Gauloise au bec, nous répondons aux demandes de nos interlocuteurs.</p>



<p>Au-dessus du canapé, un immense logo «&nbsp;<em>3615&nbsp; JOSEPHINE</em>&nbsp;» barrant la poitrine d’une pin-up rousse qui se mord l’index dans un geste coquin de la bouche tandis que ses yeux espiègles brillent d’un éclat torride, annonce la couleur. Cette affiche est placardée dans toute la ville et invite chacun à se connecter sur son minitel pour un rendez-vous polisson. Ou plus si affinités. Et sur les murs, pas dizaines, des pense-bêtes, des antisèches, des idées de relance, des slogans et des interrogations recouvrent la tapisserie&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Je sors de la douche, je suis toute mouillée.&nbsp;», «&nbsp;je me promène dans ma chambre, je ne porte que ma culotte. Tu veux que je l’enlève&nbsp;?&nbsp;», «&nbsp;Tu penses à moi&nbsp;?&nbsp;», «&nbsp;comment tu veux que je m’installe&nbsp;?&nbsp;», «&nbsp;par quoi je commence&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p><em>3615 JOSEPHINE</em>, la gloire du minitel rose.</p>



<p>Je suis crevé. Huit heures que je réponds à toute une tripotée de mecs qui s’excitent sur ma mise en scène de déshabillage avant de me foutre au pieu, sur mes courses au supermarché sans culotte, sur ma manière de me frotter dans mes draps, sur mes séances sulfureuses chez le kiné, et autres poses passionnées avec un photographe lubrique.</p>



<p>Je prends ma pause.</p>



<p>Joëlle me jette un regard envieux et décrit un cercle avec son index pour m&rsquo;indiquer qu’elle est la prochaine. Sept minutes de break. Je me rue sur la machine à café, prépare deux expressos serrés, passe aux toilettes vite fait et vide la première tasse en contemplant le soleil se coucher au-dessus des immeubles d’en face.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Eh, Damien&nbsp;! m’interpelle Robert. Encore un type qui ne veut converser qu’avec <em>Isa</em>. Je te le transfère.</p>



<p>Je lui adresse un signe de menton et lui signifie <em>OK</em> avec un geste de la main. Le temps d&rsquo;avaler la seconde tasse, de me bruler la langue, d’allumer une <em>maïs</em> et je regagne ma place derrière mon clavier.</p>



<p>Je suis <em>animatrice minitel</em>. C&rsquo;est le terme indiqué sur mon contrat de travail. Depuis 4 ans.</p>



<p>Une migraine se manifeste sourdement dans la région de ma nuque. Faut dire que je termine mon cinquième jour et que je commence à être gravement en manque d’inspiration. Ce soir, j’ai rendez-vous avec mes vieux potes du lycée. On va boire des bières jusqu’au petit matin en tirant à la carabine sur des pinces à linge au rythme des Sex Pistols et des Beru. Ça va être génial.</p>



<p>En attendant, je me glisse dans la peau de la sage Isa, secrétaire coincée qui rougit à chaque proposition chaudasse. Je cartonne avec le profil d’Isa. C’est ma plus belle composition. Je jongle aussi avec plusieurs autres nanas, dont Chloé, qui adore être matée, et Claudine qui se douche au point de vider la nappe phréatique et de ne plus avoir d&rsquo;épiderme tant elle se savonne.</p>



<p>Le type que me passe Robert veut jouer le rôle du patron, épuisé par une réunion compliquée, et qui demande à Isa d’ouvrir un peu plus les boutons de son chemisier. Bien sûr, Isa commence par refuser. Le type insiste et la secrétaire, soumise, obéit, les joues cramoisies. Isa est farouche, mais cède facilement. Sous la pression, elle finit par se lever et se penche en avant sur son bureau. Les seins dans les livres de compte, elle remonte sa mini-jupe sur ses fesses. Et si elle accepte finalement de baisser sa culotte, c’est à l’unique condition qu’il la zyeute sans la toucher. L’autre ne doit plus contrôler son excitation, car il coupe la communication. Ça marche à tous les coups, Isa est la plus forte&nbsp;!</p>



<p>Et quand enfin je me pointe chez Seb, la bouche sèche, avec le désir lancinant de me décoller la langue avec une bière et une sacrée envie de pisser — j’ai bu au moins cinquante cafés —, les copains sont tous là. Ils ont une putain d’avance sur moi, et je vais devoir courir un moment derrière eux avant de les rattraper. Ils m’accueillent avec des cris et des sifflements.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Isa&nbsp;! Isa&nbsp;! Isa&nbsp;! hurlent-ils en chœur.</p>



<p>Je les regarde un à un. Qui a vendu la mèche&nbsp;? Comment connaissent-ils mon pseudo&nbsp;? Et surtout, lequel ou lesquels j’ai déjà eus à l’autre bout du clavier&nbsp;?</p>



<p>Je ferme les yeux, je ne veux rien savoir et je vide ma première bière d’un trait.</p>



<p><em>It’s Friday, baby&nbsp;!</em></p>



<p></p>



<p></p>



<p></p>



<p><em>Tu aimes lire des micronouvelles?</em></p>



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<p><em>N&rsquo;oublies pas de me laisser un commentaire!</em></p>

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		<title>Sentinelles</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Mar 2022 18:23:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écrire tous les jours : ma participation quotidienne au jeu des micronouvelles de @keot]]></category>
		<category><![CDATA[sentinelles]]></category>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" width="621" height="620" src="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/sentinnelles-1.jpg" alt="" class="wp-image-911" srcset="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/sentinnelles-1.jpg 621w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/sentinnelles-1-300x300.jpg 300w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/sentinnelles-1-150x150.jpg 150w" sizes="(max-width: 621px) 100vw, 621px" /></figure></div>



<h1 class="wp-block-heading">Première partie</h1>



<p>Noémie s’installe en position de tir. Chaque sentinelle possède son fusil et le chérit autant que son propre enfant. Elle déploie son Chevy TAC M-200 Intervention sur la base en béton et prend la position allongée. Elle est en poste toute la nuit. &nbsp;Ce n&rsquo;est pas la période qu’elle préfère, mais elle se plie aux tours de garde organisés sans moufter. Elle colle l’œil à sa lunette de visée Delta Stryker HD 4.5-30 x 56, soupire, détend ses épaules et commence sa longue plage de veille.</p>



<p>La ville s’étend devant elle et elle aime cette vision. Rien ne lui échappe. Elle peut suivre toutes les activités qui pourraient se dérouler à l’aéroport — quasiment abandonné ces derniers temps —, le tarmac, l’autoroute qui y mène, le périphérique, les principales avenues. Elle identifie parfaitement la place Pangui, les immeubles qui l’entourent et plus loin, le parlement, la Cathédrale, Le Château Freuklain, l’Université, les Musées et enfin le port qui s’ouvre sur le vaste fleuve Nouhri. Là, fortement éclairés, elle distingue les navires au chargement, les manœuvres des grues, les camions. Puis ce n’est que l’obscurité des eaux sombres du fleuve.</p>



<p>La nuit, on ne perçoit pas la partie du port bombardée récemment. Engloutis par l&rsquo;ombre, les décombres des installations semblent être effacés du paysage. Tout comme les ruines des usines pétrochimiques et des raffineries de pétrole dont les torches et les kilomètres de tubes et conduites brillaient jour et nuit et qui ne sont plus que gravats et carcasses tordues.</p>



<p>Débarrassée par la nuit des stigmates de la guerre qui la dévisage, la ville dort, paisible, comme Noémie l’a toujours connue, depuis petite, lorsqu’on montait les soirs d’été se promener en famille pour admirer le panorama et déguster une glace sur les hauteurs.</p>



<p>Le Belvédère abrite maintenant une base militaire et la situation stratégique que lui confère la possibilité d’une observation précise des faubourgs empêche toute visite. La ville a revêtu ses habits de guerre qui l’enlaidissent au point de décourager tout optimisme quant à l’issue de la crise.</p>



<p>De sa position, Noémie peut suivre la ligne de démarcation qui sépare la cité en deux au niveau de l’avenue Kierchner. De l’autre côté, c’est <em>chez eux</em>, les ennemis de toujours, <em>ceux</em> qu’on s’évertue à repousser depuis des décennies, mais qui reviennent inlassablement à l’attaque, infatigablement. Au profit d’une manœuvre particulièrement hasardeuse, mais sacrément chanceuse, <em>ils</em> avaient réussi à reprendre une partie de la ville. Un cessez-le-feu ainsi que des pourparlers avaient figé <em>leur</em> percée et gravé la ligne de séparation entre les deux armées.</p>



<p>Ainsi, de la même manière, sur les collines en face, se trouve une personne allongée. Comme elle. Qui surveille elle aussi la ville et les environs. Et qui n’hésitera pas à ouvrir le feu sur toute manifestation suspecte.</p>



<p>Irène et Patrice prennent également leur position, équipés eux de puissantes jumelles, et complètent l’équipe de garde. Le trio assure la surveillance nocturne. Rien n’est censé leur échapper.</p>



<p>Ce soir, Noémie n’est pas pleinement concentrée sur sa mission. Une migraine est apparue en fin de journée et la douleur pulsatile s&#8217;empare petit à petit du contrôle de son cerveau. Un point brillant palpite au niveau de sa rétine droite et elle sait qu’il va enfler jusqu’à engloutir la totalité de son champ de vision.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J’ai une migraine, annonce-t-elle à ses collègues.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T’inquiète, on est là, la rassure Patrice.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ouais, on est là, confirme Irène.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; De toute manière, comme d’hab, il ne va rien se passer, affirme Patrice.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ferme les yeux cinq minutes.</p>



<p>Et comme prévu, le point lumineux se transforme en une nappe mouvante et scintillante qui l’éblouit et l’aveugle.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T’as vu le type qui gesticule sur son tonneau&nbsp;? dit soudain Irène. Au milieu de Kirchner.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Yep, je l’ai en visu, répond Patrice après avoir remonté toute l’avenue avec ses jumelles.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu’est-ce qu’il fout&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous pouvez me raconter, demande Noémie, encore aveugle.</p>



<p>Irène décrit un homme vêtu d’un pardessus gris et d’un chapeau, qui interpelle les passants. Un groupe de badauds se forme autour de lui. L’homme, à l’aide de mouvements de bras amples, discourt, alpague et chauffe la foule.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;est qui ce tocard&nbsp;? s’agace Patrice.</p>



<p>Les gens dressent le poing. La colère semble se cristalliser dans la troupe.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu’est-ce qu’on fait de ce con&nbsp;? s’interroge Irène.</p>



<p>Noémie recouvre une partie de sa vision et pointe la lentille de son arme sur l’attroupement. Sa vue n’est pas encore optimale et elle détaille chaque personne et parvient à verrouiller le viseur sur le fouteur de merde.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je tire&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Deux secondes. J’appelle les autorités, dit Patrice.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pourquoi la police n’intervient pas&nbsp;? s’énerve Irène.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pas de réponse du commandement.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rappelle&nbsp;! ordonne Noémie, nerveuse, le doigt sur la gâchette, la tête prête à exploser.</p>



<p>La cible est parfaitement exposée. Elle sait pouvoir l’atteindre malgré la douleur. Mais le nombre grandissant de manifestants et leurs déplacements aléatoires et désordonnés réduisent progressivement sa capacité de concentration et ses chances de succès.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils sont trop nombreux. Dans une minute, je n’aurais plus de champ d’exposition, prévient la tireuse.</p>



<p>Les secondes s’égrènent lentement. La tension s’intensifie. Les sonneries résonnent dans le vide. L’exposition diminue.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Alors&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pas de réponse.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Merde&nbsp;!</p>



<p>Noémie enfonce la gâchette. La détonation sèche claque et le recul de son arme la désaxe une fraction de seconde.</p>



<h1 class="wp-block-heading">Seconde partie</h1>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" width="622" height="622" src="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/sentinelle2.jpg" alt="" class="wp-image-913" srcset="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/sentinelle2.jpg 622w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/sentinelle2-300x300.jpg 300w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/sentinelle2-150x150.jpg 150w" sizes="(max-width: 622px) 100vw, 622px" /></figure></div>



<p>Le vent est frais et agréable. Les hautes herbes ondulent en bruissant. Le soir tombe et le calme revient sur la ville. La surveillance n’en est que plus facile. Greta est immobile depuis des heures et sent son corps courbaturé et engourdi. En position allongée depuis le matin, ses yeux sont secs et rouges. Elle a besoin d’une pause. Mais la relève n’est pas là. Martial, son chef, l’a prévenue&nbsp;: il lui faudrait tenir jusqu’à minuit. Elle a grimacé, mais à quoi bon se plaindre. C’est toujours comme ça. Une armée de bric et de broc. Jamais de relève, jamais rien à manger, une cabane de guet ouverte à tous les courants d’air, du matériel vétuste. Elle est une des rares chanceuses à disposer d&rsquo;une arme d&rsquo;exception, un fusil SVLK-14S Soumrak, les nouvelles recrues n’étant dotées que de modeste M24 à verrou 7.62 x 51 mm. Comment conserver la position avec de tels équipements&nbsp;?</p>



<p>Car rien n’est pareil <em>en face</em>. Greta sait que là-bas, de l’autre côté de la ligne, installée dans d’excellentes conditions, une équipe surveille elle aussi la ville. Probablement reposée, bien nourrie, en pleine possession de ses moyens, plus étoffée, sans soucis de relève. Greta devine la présence de ses adversaires bien campés dans le petit belvédère cossu construit sur la corniche qui surplombe la ville. Une position de choix. Elle n’a jamais pu les apercevoir, mais elle sait que rien ne leur échappe.</p>



<p>La tour de guet de Greta est mal fichue, plantée dans un champ, à peine dissimulée par un bouquet d’arbustes qui lui masque une partie des quartiers pavillonnaires. Son accès est chaotique, sa taille exiguë, sa fonctionnalité mal pensée. Comme tout de ce côté de la ligne de démarcation. Martial fait ce qu’il peut, elle en est consciente. Ce qu’il peut avec trois fois rien. Le Délégué aux Armées, lui-même aux ordres du Magister de la guerre et de son chef Zristkopkf, au nom aussi imprononçable que la vision qu’il semble avoir de sa mission mettent en œuvre les délires militaires du Guide suprême Am-Ihl-Khan avec zèle et brutalité. Et elle, Greta, se retrouve sur le front, gelée, fourbue, affamée, épuisée, comme tant d’autres, soldats anonymes, quantité négligeable, à exécuter les ordres souvent contradictoires qui dévalent les marches cabossées de la hiérarchie.</p>



<p>Ne pas penser.</p>



<p>Lightmotif obligé pour rester vivant.</p>



<p>Qu’est-ce que les gens comme Greta ont à gagner de ces velléités belliqueuses&nbsp;?</p>



<p>La ville s’étale devant elle, et elle regarde la nuit tomber et assombrir les détails. Le bas du dos douloureux, elle remue lentement chacun de ses membres. La fatigue diminue sa concentration. Greta revoit le visage creusé de sa mère, malade depuis plusieurs mois, et qui a présenté un malaise la veille. Elle était si faible qu’elle l’avait crue morte. Elle a eu si peur. Son état de santé s’est dégradé ces dernières semaines et l’inquiétude grandit.</p>



<p>Perdue dans ses préoccupations, Greta n’aperçoit pas immédiatement le type poser son tonneau sur la ligne de démarcation. Elle ne réalise sa présence qu’en découvrant quelques dizaines de personnes rassemblées autour du prêcheur. Ce dernier gesticule et semble s’époumoner. Quel genre de discours peut-il tenir&nbsp;? Est-il dangereux&nbsp;? Est-ce une manifestation à visée révolutionnaire ou haineuse&nbsp;?</p>



<p>Greta observe la foule afflue rapidement autour de l’homme.</p>



<p><em>Ils</em> ont dû le remarquer aussi, de l’autre côté. Quelle va être leur réaction&nbsp;? Ont-ils de plus amples informations&nbsp;? Ont-ils des consignes&nbsp;?</p>



<p>Greta sait ne pouvoir compter que sur elle. La ligne de téléphone qui la relie à Martial est endommagée. Cette animation la sort de la torpeur glauque dans laquelle elle se noie. Mais l’absence de directive la laisse pantoise.</p>



<p>Le temps presse et elle va devoir prendre une décision&nbsp;: le nombre de participants à la manifestation improvisée ne cesse d’augmenter et l’état d’agitation qui en résulte ne présage rien de bon.</p>



<p>Elle n’a que peu d’éléments pour se décider. Mais le fait d’avoir installé sa tribune au niveau de la ligne de démarcation ainsi que la colère qui monte de la foule ne l’incite pas à la prudence. La certitude de devoir intervenir se précise dans son esprit. Reste à trouver le moment. Elle a un angle de tir quasiment parfait. Mais pas pour longtemps. Et puisque sa décision est prise, pourquoi attendre&nbsp;? Elle ne sait pas. Pourtant, elle repousse le moment de faire feu.</p>



<p>Probablement une manière de se dire que plus l’angle de tir se réduit, et moins elle a de chance de l’atteindre. Un peu comme si la foule qui grossit ne lui laisse finalement pas le choix que d&rsquo;agir.</p>



<p>Greta abaisse ses épaules, inspire profondément, vide ses poumons en douceur, compte lentement jusqu’à cinq. Et quand son corps est immobile, elle appuie sur la gâchette. À deux kilomètres de là, l’homme interrompt brutalement son discours et tombe sur le côté.</p>

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		<title>Yéti 4</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Feb 2022 18:07:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écrire tous les jours : ma participation quotidienne au jeu des micronouvelles de @keot]]></category>
		<category><![CDATA[beretta]]></category>
		<category><![CDATA[greta thunberg]]></category>
		<category><![CDATA[hermes]]></category>
		<category><![CDATA[yéti]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>YETI-quatrième partie Il ne me reste qu’une affaire à régler. Où est passée Stéphanie&#160;? Problème pas très difficile à éclaircir. Qui était au rendez-vous à la place de Steph&#160;? Philippe. Qui m’a donné mon ordre de mission&#160;? Philippe. Quelque chose me dit que si je me mets à fureter, les choses pourraient mal tourner. Je [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>YETI-quatrième partie</strong></p>



<p>Il ne me reste qu’une affaire à régler.</p>



<p>Où est passée Stéphanie&nbsp;?</p>



<p>Problème pas très difficile à éclaircir. Qui était au rendez-vous à la place de Steph&nbsp;? Philippe.</p>



<p>Qui m’a donné mon ordre de mission&nbsp;? Philippe.</p>



<p>Quelque chose me dit que si je me mets à fureter, les choses pourraient mal tourner. Je vérifie donc que l’argent pour le contrat Yéti est bien à l’abri sur mon compte bancaire sécurisé. Le montant exact a été viré. Avec cette somme, j’ai de quoi tenir un certain temps.</p>



<p>Je peux alors détricoter la piste Philippe.</p>



<p>Je trouve ce connard à la maternité de l’hôpital Armand Trousseau, Paris 12è. Qu’est-ce qu’il fout là&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis Papa d’une petite Éléonore&nbsp;! m’annonce-t-il, un sourire lumineux barrant son visage.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Félicitations, je grogne vaguement. La maman&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Elle va bien, merci.</p>



<p>Ce n’est pas ma question. Je veux dire&nbsp;: et l’heureuse Maman, c’est quoi son petit nom&nbsp;?</p>



<p>Il est dans son monde. Pas la peine d’insister.</p>



<p>Et surtout, un atroce pressentiment vient de me percuter la poitrine.</p>



<p>Un doute qu’il me faut dissiper. Le plus vite possible.</p>



<p>Je monte les escaliers quatre à quatre, je cours presque dans le couloir, je frappe, j’entre.</p>



<p>C’est bien ça. Ça pouvait pas être pire.</p>



<p>La jeune femme radieuse que je trouve assise dans son lit avec une petite teigne accrochée au sein, je me pince une dernière fois, n’est autre que Stéphanie.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Merde, Steph, t’as pas fait ça…</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu n’es pas le centre du monde, me lance Phil qui me rejoint dans la chambre avant que la maman ne réponde. Mais trop occupée à voyager pour t’en apercevoir.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La faute à qui, je grogne, prête à mordre.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allez, c’est un jour particulier. Enterrons nos aigreurs et réjouissons-nous.</p>



<p>Philippe se dirige vers un mini frigo et en sort une bouteille de champagne. Il sert trois coupes, en donne une à Stéphanie, une à moi et attaque la troisième sans trinquer.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allez au diable! je rage en vidant ma coupe d’un trait.</p>



<p>Je n’ai plus rien à faire ici, je m’apprête à quitter les lieux avec un regard lourd à Steph et Phil m’attrape le bras.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pas si vite, miss. J’ai quelque chose pour toi.</p>



<p>Je l&rsquo;observe d’un air mauvais. Qu’est-ce qu’un jeune papa peut me proposer comme nouvelle cible&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je t&rsquo;annonce&nbsp;? s’amuse-t-il à me faire mariner.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Envoie.</p>



<p>Il me tend une feuille avec un nom et un montant.</p>



<p>Je grimace.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu es certain&nbsp;? je dis.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Oui, mes clients sont formels. Elle représente une menace bien trop sérieuse pour leurs intérêts.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je parle pas du nom, mais du montant.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Le montant est à la hauteur du préjudice que cette morveuse fait peser sur leurs affaires. À la hauteur de l’urgence aussi. Elle doit être éliminée avant le sommet de Davos, la semaine prochaine.</p>



<p>Je respire profondément et regarde Éléonore qui tète fébrilement.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C’est beaucoup d’argent, je continue.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fais pas la pleureuse, ça te va pas d’avoir des états d’âme, me répond Phil.</p>



<p>Il a envie de mettre un terme à ma visite.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Prends ce fric et casse-toi&nbsp;!</p>



<p>Un éclair de lucidité acide me parcourt.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; OK, c’est bon pour moi&nbsp;! je sirupte.</p>



<p>Phil sent qu’un mauvais trip se trame. Il s’approche de moi pour m’inviter à me barrer, mais il n’a pas le temps de me saisir.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et elle&nbsp;? je décupte. Je vais lui rendre un grand service. Avec l’avenir que vous lui préparez, elle va en avoir besoin.</p>



<p>J’avance de deux pas, sors un revolver semi-automatique BERETTA APX Fileté calibre 9 mm PARA chargeur 17 coups de la poche interne de ma veste HERMÈS cuir rouge, vise Éléonore et fait feu à trois reprises. La petite poupée éclate sous l’impact des balles. Les détonations ne couvrent pas longtemps les hurlements de Stéphanie.</p>



<p>Des claquements se produisent tout autour de moi tandis que je cavale dans les escaliers et que je me carapate par les couloirs souterrains et les issues réservées aux poubelles. Ce con tire mal, mais je me méfie. Fou de douleur et de rage, il pourrait très bien être touché par la grâce divine.</p>



<p>Une fois dans la rue et hors de portées des balles, je remets de l&rsquo;ordre dans mes cheveux et mes habits.</p>



<p>Visiblement, Steph et Phil n’ont pas été sensibles à mon intervention. Trop cons pour comprendre les enjeux de la situation. Trop conformistes. Pas assez préparés. Des intermédiaires minables entre des partenaires sans aucun scrupule et des effecteurs zélés.</p>



<p>Je hausse les épaules et détruis le message que m’a donné Phil.</p>



<p>Bien sûr que je vais l’honorer cette mission.</p>



<p>«&nbsp;Greta Thunberg – 780 M&nbsp;»</p>



<p>780&nbsp;000&nbsp;000 d’euro de prime versée intégralement en cas de réussite.</p>



<p>C’est le prix de la gamine.</p>

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		<title>La parabole des coccinelles.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Feb 2022 21:24:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écrire tous les jours : ma participation quotidienne au jeu des micronouvelles de @keot]]></category>
		<category><![CDATA[coccinelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>1- Je l&#8217;attends depuis 30 minutes. Je commence à me demander si elle sera au rendez-vous. Et au moment où je me prépare à repartir, elle toque à ma vitre. —&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160; Je suis désolée, j&#8217;ai cru que je ne pourrais jamais me libérer, me glisse-t-elle avec un sourire désarmant. —&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160; J’ai cru que tu ne [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-125418_Canva.jpg" alt="" class="wp-image-903" width="840" height="830" srcset="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-125418_Canva.jpg 1010w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-125418_Canva-300x296.jpg 300w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-125418_Canva-768x759.jpg 768w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-125418_Canva-640x632.jpg 640w" sizes="(max-width: 840px) 100vw, 840px" /><figcaption><br>La parabole des coccinelles &#8211; première partie<br><br></figcaption></figure></div>



<h1 class="wp-block-heading">1-</h1>



<p>Je l&rsquo;attends depuis 30 minutes. Je commence à me demander si elle sera au rendez-vous. Et au moment où je me prépare à repartir, elle toque à ma vitre.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis désolée, j&rsquo;ai cru que je ne pourrais jamais me libérer, me glisse-t-elle avec un sourire désarmant.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; J’ai cru que tu ne viendrais pas, j’ai eu peur&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T’inquiète&nbsp;!</p>



<p>Elle contourne la voiture et s&rsquo;assied à mes côtés.</p>



<p>Son parfum, léger et fleuri, envahit l&rsquo;habitacle. Je me détends.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ce connard va avoir ma peau…, laisse-t-elle échapper. Je peux fumer&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Si tu m&rsquo;offres une cigarette, avec plaisir&nbsp;!</p>



<p>La nuit est trop froide pour que nous ouvrions les fenêtres. Tant pis, il faudra que je m&rsquo;explique sur l’odeur de tabac que porteront mes habits.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu crois qu&rsquo;on est allé trop loin&nbsp;? je lui demande.</p>



<p>Elle ne me répond pas.</p>



<p>Édouard, son patron, est la plus grosse enflure de la terre. Jamais à court d’idées plus nuisibles et dévastatrices les unes que les autres. Tous les moyens étant envisageables tant qu&rsquo;ils rapportent du fric.</p>



<p>Alors j’attends. Que nos cigarettes s&rsquo;éteignent.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Tu me montres&nbsp;? je finis par lui proposer.</p>



<p>Elle saisit son téléphone portable au fond de son sac et l&rsquo;allume. Je vais enfin savoir ce que préparent ces fumiers. Elle est si inquiète de ce qu&rsquo;elle s’apprête à me révéler qu&rsquo;elle pose son téléphone posé sur ses genoux. Je me penche pour suivre les informations sur l’écran.</p>



<p>Je me redresse brutalement sur mon siège. Ce que je viens d&rsquo;y lire me glace le sang.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils vont projeter ce truc sans rien dire&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ils ne sont pas tenus de l’annoncer.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et il n&rsquo;y a aucun moyen de l’empêcher&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Légalement, rien n&rsquo;est prévu. Aucun cadre. Chacun fait ce qu&rsquo;il veut.</p>



<p>Nous gardons le silence un moment.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pour toi, je vois qu&rsquo;une solution, conclut-elle.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je t’écoute.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Balance tout à la presse. Ce genre de technologie fait flipper les gens.</p>



<p>OK.</p>



<p>Me voici prévenu.</p>



<p>Je sais ce qu&rsquo;il me reste à faire. Je déteste ça. Mais je n&rsquo;ai pas le choix. Je ne peux pas les laisser ruiner toutes ces années de travail.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Merci. Vraiment, je lui dis.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C&rsquo;est parce que c&rsquo;est toi.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ça me touche.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et aussi parce que je jouis de planter un couteau dans le dos de ce connard d’Édouard.</p>



<p>Je l&#8217;embrasse.</p>



<p>Et elle quitte la voiture.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1010" height="987" src="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-215208_Canva.jpg" alt="" class="wp-image-904" srcset="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-215208_Canva.jpg 1010w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-215208_Canva-300x293.jpg 300w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-215208_Canva-768x751.jpg 768w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220220-215208_Canva-640x625.jpg 640w" sizes="(max-width: 1010px) 100vw, 1010px" /><figcaption> La parabole des coccinelles &#8211; seconde partie </figcaption></figure></div>



<h1 class="wp-block-heading"><strong>2-</strong></h1>



<p>Il est 23h15 quand Armand se gare. Il conduit depuis 12 heures. Les yeux lourds, il s’endort aussitôt le moteur éteint.</p>



<p>Chloé attend un coup de téléphone de son frère. Et quand la sonnerie retentit, elle cherche un endroit pour s’arrêter. Pas très à l&rsquo;aise seule la nuit, elle est soulagée de trouver deux voitures stationnées l’une à côté de l&rsquo;autre. Elle s&rsquo;immobilise à proximité. Pendant que son frère lui parle, elle remarque une lumière dans la voiture voisine. Malgré elle, elle observe l&rsquo;homme et la femme qui fument une cigarette, enfermés dans leur bocal. Puis l&rsquo;homme se penche sur la femme. Étrange.</p>



<p>David n&rsquo;a pas envie de rentrer chez lui. Il écoute une émission. Il lui manque 10 minutes avant la fin. Il repère des voitures, dont une où l’habitacle est éclairé. Il s’arrête et allume une cigarette. Il regarde l’homme et la femme qui discutent en pleine lumière. Quand l&rsquo;homme disparaît, il imagine une scène sympathique, l&rsquo;homme entre les cuisses de la femme, et il n’écoute plus son émission.</p>



<p>Betty et Ronald s’engueulent depuis le début de la soirée. Ils ont diné chez des amis, mais rien n&rsquo;y fait. Ils se sont provoqués tout au long du repas et maintenant qu&rsquo;ils se retrouvent tous les deux, leurs reproches et leur mauvaise fois sont au paroxysme. Avant d&rsquo;en venir aux mains, Betty stoppe la voiture sur le bas côté.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Qu&rsquo;est-ce que tu sous-entends <em>exactement</em> quand tu me menaces&nbsp;? articule-t-elle d&rsquo;une voix glacée.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C’est plutôt à toi de m&rsquo;expliquer ce que tu mijotes&nbsp;!</p>



<p>De la lumière brille dans une voiture voisine et éclaire une femme seule assise côté passager. Au moment où Betty va se jeter au cou de Romuald pour l’étrangler, un homme se redresse.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ben mon salop, faut pas de gêner&nbsp;! remarque Romuald.</p>



<p>Betty, malgré sa colère, éclate de rire.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En pleine lumière&nbsp;! ajoute-t-elle.</p>



<p>Édouard arrive à son tour. Très énervé par son téléphone portable qui ne capte pas et le Bluetooth de sa BM qui ne fonctionne pas – putain, au prix où on paie ses saloperies de bagnoles, faut pas déconner – il s’arrête au bord de la route. Il aperçoit une silhouette qui lui fait immédiatement penser à sa récente collaboratrice. Qu’est-ce qu&rsquo;elle fait seule en pleine nuit&nbsp;?</p>



<p>Ah, elle n’est pas seule&nbsp;! Édouard constate la silhouette de l&rsquo;homme qui s&rsquo;est redressé. Dans une bagnole, juste sous les bureaux, en lumières allumées&nbsp;! Il n’imaginait pas une telle spontanéité venant de sa collab&nbsp;! &nbsp;Il prend une photo de la scène. Il est comme ça, Édouard. Il constitue des dossiers sur tout le monde. On ne sait jamais. &nbsp;</p>



<p>Après un petit moment, elle quitte la voiture et revient vers le bureau.</p>



<p>Édouard la cueille devant la porte de l’immeuble.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je vous ramène quelque part&nbsp;? propose-t-il.</p>



<p>La jeune femme sursaute et s&rsquo;effondre en reconnaissant son patron. Édouard, affolé, sort et la relève. Il est au fait de produire un certain effet sur les femmes, mais il n&rsquo;est jamais allé si loin. Intrigué, il la porte dans les bras jusqu’aux bureaux, situés au quatrième étage.</p>



<p>La jeune femme se sent mieux. La présence d’Édouard la dérange profondément. Elle s&rsquo;approche de la fenêtre pour éviter de croiser son regard et elle ouvre de grands yeux. Ce n’est pas une voiture qu’elle aperçoit garée sur le parking. Mais tout un groupe. Avec celle de Bruno au milieu, toutes lumières allumées. Elle qui s’était crue seule et en sécurité. Qu’avait vu son patron&nbsp;? Qu&rsquo;avait-il compris&nbsp;? Rien de bon, à en juger par la lueur bizarre qui se tapit au fond de ses pupilles.</p>

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		<title>Un café sur le pas de ma porte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Feb 2022 21:03:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écrire tous les jours : ma participation quotidienne au jeu des micronouvelles de @keot]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je l&#8217;ai prévenu. Ce n&#8217;est parce qu&#8217;il y a une porte que c&#8217;est une maison. Autrement dit, ce n&#8217;est pas la porte qui fait la maison. Bon. Il n&#8217;a rien compris. Le lendemain, il a installé une porte bleue sur son terrain en pente. Un terrain dont personne ne voulait en raison justement de ce [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Je l&rsquo;ai prévenu. Ce n&rsquo;est parce qu&rsquo;il y a une porte que c&rsquo;est une maison. Autrement dit, ce n&rsquo;est pas la porte qui fait la maison.</p>



<p>Bon.</p>



<p>Il n&rsquo;a rien compris. Le lendemain, il a installé une porte bleue sur son terrain en pente. Un terrain dont personne ne voulait en raison justement de ce dénivelé qui rendait toute construction impossible. Et ce, en dépit d&rsquo;une vue sur la vallée à couper le souffle.</p>



<p>Son rêve était de boire un café et de fumer une cigarette sur le pas de sa porte. Rêve qu&rsquo;il a réalisé aussitôt la porte posée.</p>



<p>Je l&rsquo;ai regardé en souriant. C&rsquo;est moi qui n’avais pas compris.</p>



<p>Il a levé la main dans ma direction. Je me suis approché.</p>



<p>&#8211; Hé, voisin ! Viens partager une tasse de café avec moi ! m’a-t-il proposé.</p>



<p>J’ai accepté volontiers.</p>



<p>Et nous avons attendu que nos tasses refroidissent en contemplant la vallée. Un peu plus bas, la chapelle St Antoine dressait son petit clocher, telle une charmante photo ornant une carte postale de Haute Savoie.</p>



<p>En cette saison, les jours rétrécissaient à vue d’œil et le froid du soir tombait d&rsquo;un coup.</p>



<p>Il avait neigé toute cette nuit là. Et quand il est revenu le lendemain, un thermos de café dans une main et ses cigarettes dans l’autre, son visage s&rsquo;est assombri quand il a aperçu la grande quantité de neige qui avait recouvert sa porte.</p>



<p>Je l&rsquo;ai appelé. Il a levé la tête. Avec un grand geste du bras, je lui ai signifié de me rejoindre. Sur le pas de ma porte, la vue est moins spectaculaire, mais, bien ensoleillée, on peut s&rsquo;y assoir toute la journée sans avoir les fesses trempées.</p>



<p>Il s&rsquo;est assis et a sourit.</p>



<p>Des boucles grisonnantes dépassaient de son bonnet en laine et de petites rides pointaient des coins de ses yeux. Il m&rsquo;a proposé une cigarette que j&rsquo;ai acceptée.Merci pour votre accueil. Je viens d&rsquo;en bas à pied et je n’avais pas vu qu&rsquo;il avait tant neigé.</p>



<p>Vous faites quoi en bas ?</p>



<p>&#8211; Je viens d&rsquo;enterrer ma mère.</p>



<p>Je le regarde plus attentivement. Sa mère&nbsp;? Il semblait avoir 70 ans au moins.</p>



<p>Je pointe le menton vers la porte un peu plus loin.</p>



<p>&#8211; C&rsquo;est un bout de terrain que mon père a gagné un jour en rendant service à un fermier d&rsquo;en bas. On sait qu&rsquo;on ne peut rien en faire mais quand on habite au fond de la vallée, c’est toujours un luxe de posséder un terrain dans les hauteurs. Et on n’a jamais voulu s&rsquo;en séparer. Ils viennent de commencer les travaux d’agrandissement de la nationale. Ils ont rasé la maison où on habitait quand on était gosses. J&rsquo;ai récupéré la porte d’entrée et je l’ai monté. C&rsquo;est comme si j&rsquo;avais déplacé notre maison.</p>



<p>Nous finissons nos cigarettes et je l&rsquo;invite à se lever.</p>



<p>&#8211; Venez ! je lui propose.</p>



<p>J’attrape deux chaises et nous allons nous assoir devant sa porte.</p>



<p>&#8211; On est bien devant chez vous, je constate avec joie.</p>



<p>Il verse deux tasses de café.</p>



<p>&#8211; J&rsquo;ai jamais habité dans un aussi beau coin.</p>



<p>Et on s&rsquo;est marré.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="618" height="624" src="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/un-cafe-sur-le-pas-de-ma-porte-1.jpg" alt="" class="wp-image-899" srcset="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/un-cafe-sur-le-pas-de-ma-porte-1.jpg 618w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/un-cafe-sur-le-pas-de-ma-porte-1-297x300.jpg 297w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/un-cafe-sur-le-pas-de-ma-porte-1-150x150.jpg 150w" sizes="(max-width: 618px) 100vw, 618px" /></figure></div>

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		<title>Et vous, avez-vous renoncer à une part de rêve ou d&#8217;espoir ? Laquelle ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Feb 2022 21:05:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[questions posées sur instagram]]></category>
		<category><![CDATA[perfection]]></category>
		<category><![CDATA[renoncer]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je réponds à la question de @pyxyn sur instagram. Et vous, avez-vous renoncer à une part de rêve ou d&#8217;espoir ? Laquelle ? Question qui n&#8217;est pas une interrogation sur le bien-être, renoncer va vous permettre d&#8217;être plus heureux, pas du tout. Pyxyn écrit de la poésie, travaille beaucoup tout en sachant que très peu [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Je réponds à la question de @pyxyn sur instagram.</p>



<p>Et vous, avez-vous renoncer à une part de rêve ou d&rsquo;espoir ? Laquelle ?</p>



<p>Question qui n&rsquo;est pas une interrogation sur le bien-être, <em>renoncer va vous permettre d&rsquo;être plus heureux</em>, pas du tout. Pyxyn écrit de la poésie, travaille beaucoup tout en sachant que très peu de maison d&rsquo;édition éditent de la poésie et qu&rsquo;il n&rsquo;a quasiment aucune chance d&rsquo;être publié . Sa question est : <em>doit-il renoncer à écrire?</em></p>



<p>@pyxyn ne renonce pas à écrire de la poésie. Mais il travaille activement à écarter ses rêves  de réussite et de reconnaissance.</p>



<p><strong>Pour ma part, </strong>j&rsquo;y réfléchissais tout à l&rsquo;heure, je renonce à la perfection. Je livre mes textes quand je sens qu&rsquo;ils sont murs, que c&rsquo;est le moment de les donner à lire. Et j&rsquo;accepte qu&rsquo;ils ne soient pas parfaits, que je pourrais sans doute aller plus loin, être plus précis, choisir des mots plus appropriés, retravailler encore mes phrases, mon rythme, mes expressions, mes personnages. Mais non, je m&rsquo;arrête là.</p>



<p>Mieux vaut un texte où je sais que j&rsquo;ai fait de mon mieux que de ne rien donner à lire de peur de ne pas être parfait.</p>



<p>Voici ce à quoi je renonce.</p>



<p>Merci @pyxyn pour ta question.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="655" src="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/PYXYN1-1024x655.jpg" alt="" class="wp-image-867" srcset="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/PYXYN1-1024x655.jpg 1024w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/PYXYN1-300x192.jpg 300w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/PYXYN1-768x492.jpg 768w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/PYXYN1-640x410.jpg 640w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/PYXYN1.jpg 1389w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="616" height="680" src="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/renoncer.jpg" alt="" class="wp-image-868" srcset="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/renoncer.jpg 616w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/renoncer-272x300.jpg 272w" sizes="(max-width: 616px) 100vw, 616px" /></figure>



<p></p>

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		<title>Filoche sous la neige</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Feb 2022 22:05:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écrire tous les jours : ma participation quotidienne au jeu des micronouvelles de @keot]]></category>
		<category><![CDATA[boules de neige]]></category>
		<category><![CDATA[bracage]]></category>
		<category><![CDATA[complices]]></category>
		<category><![CDATA[glissade]]></category>
		<category><![CDATA[neige]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La neige. Ils avaient tout prévu sauf la neige. —&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160; Je t’avais bien dit qu’on ne pouvait pas tout prévoir, dit Lucas en se bidonnant. —&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160; Y a qu’un âne comme toi pour trouver ça drôle&#160;? répond Jean. —&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160;&#160; Ça fait des années que j’ai pas vu de neige, génial&#160;! s’exclame Simon. Il pose les [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>La neige.</p>



<p>Ils avaient tout prévu sauf la neige.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je t’avais bien dit qu’on ne pouvait pas tout prévoir, dit Lucas en se bidonnant.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Y a qu’un âne comme toi pour trouver ça drôle&nbsp;? répond Jean.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ça fait des années que j’ai pas vu de neige, génial&nbsp;! s’exclame Simon.</p>



<p>Il pose les deux énormes sacs et attrape un volumineux paquet de neige qu’il lance sur Lucas. Lucas esquive habilement et lui envoie une boule qui le touche entre les deux yeux.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais vous êtes con ou quoi&nbsp;? hurle Jean. On va se faire choper&nbsp;! Ramasse tes sacs, on se casse&nbsp;!</p>



<p>Les trois hommes traversent la petite cour au pas de course. La neige tombe à gros flocons.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Waouh, vise le dérapage&nbsp;! s’amuse Lucas.</p>



<p>Et il part dans une longue glissade sur les pavés. Simon l’imite aussitôt et chute lourdement sur les fesses. Ils se marrent comme des baleines.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais je rêve les mecs, vous avez du fromage dans la tête&nbsp;! Les flics vont débarquer et vous vous prenez pour des putains de patineuses&nbsp;! On va tout foirer à cause de vos conneries&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ferme là un peu, rabat-joie&nbsp;! lui lance Lucas.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T’es trop sérieux, tu vas finir avec un cancer de l’estomac.</p>



<p>Un concert de sirène se fait entendre un peu plus loin.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Merde, v’là les schmitts, s’affole Jean.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La cavalerie débarque&nbsp;! s’enthousiasme Lucas en mimant le son du clairon.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On va les niquer bien profond&nbsp;! crie Simon en projetant les sacs dans les airs.</p>



<p>Sortis de la cour, les trois hommes cherchent leur fourgon. Garé à peine plus bas, le véhicule est enfoui sous la neige.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Frérots, visez toute cette neige qu’il est tombé pendant qu’on était là-dedans&nbsp;! dit Lucas.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment on va le dégager&nbsp;? se désespère Jean.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On déneige&nbsp;? demande Simon.</p>



<p>Une voiture de police arrive en patinant, toute sirène hurlante. Elle fait un grand travers en freinant, décrit une longue embarrée et s’immobilise en vrac contre le fourgon, manquant de percuter Simon. Deux flics en descendent et, leur arme pointée en avant, se dirigent en direction de la banque d’où viennent de jaillir les trois compères.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Hey, les gars, vous pouvez pousser votre bagnole, on peut pas passer&nbsp;! crie Simon.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais t’es le plus débiles des abrutis&nbsp;! Qu’est-ce que tu fous&nbsp;! se décompose Jean.</p>



<p>Les flics ne les calculent pas.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allez, on se tire, ordonne Jean.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Comment&nbsp;? demande Simon. Ils ont défoncé la caisse&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; En hélicoptère, raille Lucas.</p>



<p>Simon regarde en l’air.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; À pied crétin&nbsp;! Comment tu veux faire autrement&nbsp;? se désespère Jean.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; À pied, mais c’est sacrément lourd&nbsp;! râle Simon.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T’as qu’à bazarder tes sacs&nbsp;! s’amuse Lucas.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ne lui donne pas de mauvaises idées, ce gogol serait capable de t’écouter&nbsp;! lui reproche Jean.</p>



<p>De très nombreuses voitures de police arrivent et viennent s’encastrer dans la première. L’embouteillage est impressionnant. Et pendant que les condés tentent de s’extraire de leurs véhicules sans glisser, les trois complices s’éclipsent discrètement en rasant les murs.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On peut dire qu’on se filoche peinard, chantonne Lucas.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Les doigts dans le nez&nbsp;! sifflote Simon.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Fermez-là, bande d’imbéciles&nbsp;! Marchez et taisez-vous&nbsp;!</p>



<p>Ainsi, ils s’éloignent incognito du lieu du braquage, passant tranquillement tous les barrages dressés autour du quartier, faisant fi des postes de contrôle, et se jouant des patrouilles.</p>



<p>La seule trace que laissent les trois hommes est une photo prise par un radar de détection de franchissement de feux tricolores au moment où une Clio noire grille malencontreusement un feu rouge, dérape longuement avant de terminer sa course contre un abri bus, ne manquant Jean que d’un poil.</p>



<p>Simon et Lucas rigolent comme des bananes, au grand dam de Jean qui vient d’échapper par miracle à un fâcheux accident et qui râle ses grands Saints contre le chauffard.</p>



<p>Finalement, gelés, mais saufs, les trois cambrioleurs parviennent à leur planque sans autre incident.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; On peut dire qu’on doit notre réussite à la neige&nbsp;! se félicite Lucas en envoyant une boule de neige à Jean.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je dirais même plus, cette neige nous a bien rendu service&nbsp;! ajoute Simon en noyant Jean sous un énorme tas de neige.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; La neige nous a aidés contre les flics, c’est certain, mais ne nous a pas protégés de votre bêtise abyssale, répond Jean en se secouant. Vous êtes les acolytes les plus crasseux et les plus stupides de toute la Terre.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et toi le plus vieux des vieux tristes.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allez les gars, champagne&nbsp;! claironne Lucas en se frottant les mains.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je dirais même plus, les gars. Champagne&nbsp;! sautille Simon.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pffff, râle Jean.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; T’es vraiment un sacré râleur&nbsp;! constate Lucas.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ça t’arrive d’être content, des fois&nbsp;? demande Simon.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Pète un coup, vieille branche&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Et quand il pète, il troue son slip&nbsp;!</p>



<p>Et les voici repartis dans de longs éclats de rire pendant que Jean lève les yeux au plafond, abattu et démoralisé.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220206-225852_Instagram-1-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-863" srcset="https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220206-225852_Instagram-1-1024x684.jpg 1024w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220206-225852_Instagram-1-300x200.jpg 300w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220206-225852_Instagram-1-768x513.jpg 768w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220206-225852_Instagram-1-640x428.jpg 640w, https://www.matthieudeshayes.fr/wp-content/uploads/Screenshot_20220206-225852_Instagram-1.jpg 1079w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p>Source de l&rsquo;image : https://unsplash.com/photos/V74abnoDea0</p>

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		<title>Sous les tables</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 06 Feb 2022 10:51:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écrire tous les jours : ma participation quotidienne au jeu des micronouvelles de @keot]]></category>
		<category><![CDATA[photographe]]></category>
		<category><![CDATA[sans culotte]]></category>
		<category><![CDATA[sous les tables]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Je m’appelle Élise. Je rêve de devenir photographe. Ou danseuse. Mais surtout photographe. Je ne suis qu’une étudiante modeste en fac de sociologie, modeste et invisible, secrète fan de comptes de photographes sur les réseaux sociaux. J’ai vu très récemment des artistes qui photographiaient les gens discrètement sous les tables. Pour réaliser des «&#160;portraits de [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>Je m’appelle Élise.</p>



<p>Je rêve de devenir photographe. Ou danseuse. Mais surtout photographe.</p>



<p>Je ne suis qu’une étudiante modeste en fac de sociologie, modeste et invisible, secrète fan de comptes de photographes sur les réseaux sociaux.</p>



<p>J’ai vu très récemment des artistes qui photographiaient les gens discrètement sous les tables. Pour réaliser des «&nbsp;portraits de terrasse&nbsp;», jambes anonymes, croisées ou allongées, serrées ou à l’aise, entremêlées, distantes, joyeuses ou tristes, longues, fines, poilues. J’ai immédiatement trouvé l’idée excellente.</p>



<p>J’ai alors moi aussi entrepris d&rsquo;immortaliser les jambes des personnes que je rencontrais. Jupes dans les escalators, pantalons dans les ascenseurs, pieds dans le train et le bus, bas au théâtre, robes au cinéma, jambes dans les queues devant la boucherie.</p>



<p>Mais je n’ai pas osé tout de suite positionner mon appareil sous les tables des cafés. Officiellement, j’avoue ne pas pouvoir expliquer pourquoi. Officieusement, sous la torture, je pourrais avouer que j’espérais bien capturer quelques culottes. J’imaginais bien que même parfois, les filles ne portaient rien sous leur jupe. Et que le Graal serait d’arriver à attraper les cuisses d’une de ces filles. Mais j’avais la trouille d’être découverte, d’être mal comprise, voire traitée de voyeuse.</p>



<p>Pourtant les photographes ne sont-ils pas des voyeurs&nbsp;?</p>



<p>Mes voisins et voisines de tables le comprendraient-ils&nbsp;?</p>



<p>La possibilité de réussir une photo d’une fille sans culotte est devenue une obsession. J’en rêvais même la nuit. Alors, je me suis mis à regarder les filles autour de moi. Et à échafauder des hypothèses. Celle-là&nbsp;? Ou plutôt celle-ci&nbsp;?</p>



<p>Comme je n’osais pas seule, j’ai fait appel à mes copines Stéphanie et Coralie. Je leur ai montré les photos sur les réseaux et leur ai parlé de mon projet. Elles ont tenu à m’aider et se sont prises au jeu des pronostics. L’après-midi où j’ai réalisé mes premières photos, nous avons écumé de nombreux bars, trainé aux terrasses, changé de tables, et testé une flopée de stratégies.</p>



<p>Puis nous avons foncé dans mon appartement pour visionner notre trésor au calme, loin de tous, excitées comme des gamines qui s&rsquo;étaient permises une énorme bêtise.</p>



<p>J’ai branché le câble de mon appareil à l’ordinateur, j’ai transféré les images sur mon disque dur et j’ai lancé la visionneuse.</p>



<p>Et là, nous restons toutes les trois bouche bée. La première photo est celle de deux splendides femmes blondes, joyeuses et bavardes qui nous avaient tapées dans l’œil. La photo, cadrée d’assez près révèle de longues jambes, fines et sexy. Et dans l’espace de leurs cuisses entrouvertes, clairement visibles malgré la pénombre de leurs courtes jupes, deux grosses paires de testicules. Et deux verges.</p>



<p>Énorme.</p>



<p>Nous éclatons de rire.</p>



<p>La photo est un monument&nbsp;!</p>



<p>À côté, les images suivantes sont fades.</p>



<p>Le soir, sur un coup de tête, et alors que nous planchons toutes les trois sur un travail en commun sur le groupe – «&nbsp;Le groupe est-il le lieu d’expression de toutes les médiocrités humaines, au contraire, est-il l’occasion de mettre en avant le meilleur de nous-mêmes&nbsp;?&nbsp;», je poste la photo sur mon insta.</p>



<p>Le lendemain, au réveil, stupéfaite, je me lève et me fige, incrédule. Ma photo totalise 2 500&nbsp;000 vues. 2 500&nbsp;000 vues&nbsp;! Les réseaux bourdonnent de mon nom et de mon compte. Dans la journée, Phil Granth, le journaliste de Huguies, la grande revue new-yorkaise, me contacte personnellement. Il veut la photo. Absolument. À n’importe quel prix. Et il m’offre la possibilité de m&rsquo;ouvrir les portes du concours international de Pictures.</p>



<p>Trois mois après, ma photo était couronnée Meilleure Photo de l’année. Meilleure Photo de l’année&nbsp;! Tu vois ça, toi&nbsp;? Moi Élise, Meilleure Photo de l’année&nbsp;! Dans la foulée, j’emménageais avec mes deux copines à Brooklyn. La classe. Et notre premier acte en traversant Central Park a été de nous acheter chacune une glace à deux boules.</p>

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		<title>Berurier Noir</title>
		<link>https://www.matthieudeshayes.fr/berurier-noir/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Matthieu]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Feb 2022 21:29:33 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[écrire tous les jours : ma participation quotidienne au jeu des micronouvelles de @keot]]></category>
		<category><![CDATA[berurier noir]]></category>
		<category><![CDATA[cabine téléphonique]]></category>
		<category><![CDATA[harcelement]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il m’a fallu entrer dans la cabine téléphonique. Saisie aussitôt par l’odeur de pisse et de crasse. Je n’ai rien eu d’autre comme idée. Le casque de mon walkman vissé sur les oreilles, les Berurier Noir à fond, les mains tremblantes. D’habitude, les Berus me font speeder et sauter en l’air. Mais là, ils ne [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>Il m’a fallu entrer dans la cabine téléphonique.</p>



<p>Saisie aussitôt par l’odeur de pisse et de crasse.</p>



<p>Je n’ai rien eu d’autre comme idée.</p>



<p>Le casque de mon walkman vissé sur les oreilles, les <em>Berurier Noir</em> à fond, les mains tremblantes.</p>



<p>D’habitude, les Berus me font speeder et sauter en l’air. Mais là, ils ne me donnent pas du tout le courage que j’aimerais avoir.</p>



<p>Les deux types qui me suivent depuis tout à l’heure se plaquent contre la vitre. Je leur tourne le dos. Mais sentir leurs regards me reluquer &nbsp;le cul me file la nausée.</p>



<p>Je ne me reconnais pas. D’habitude, je gueule, je me bats, je me débrouille. Là, rien. Je suis paralysée, comme une petite fille face à une menace qui la dépasse.</p>



<p>Je décroche le combiné qui pègue et empeste la colle et la gerbe.</p>



<p>Putain, qu’est-ce que font les gens dans les cabines&nbsp;?</p>



<p>Je n’ai pas de carte. Les mecs vont s’en apercevoir. Mais je continue et compose le 17 sans discrétion. Pour qu’ils s&rsquo;apercoivent que j’appelle les flics.&nbsp; La tonalité change, répétitions de bips qui indiquent une recherche. Coup de bol, le téléphone fonctionne gratuitement pour joindre les condés.</p>



<p>Un grand bruit me fait sursauter. L’un des types vient de taper sur la vitre de la cabine du plat de la main.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Salope&nbsp;! On voit bien que tu fais semblant&nbsp;! Sors de là&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; À moins que tu rêves de te faire défoncer la chatte avec le téléphone&nbsp;! ricane l’autre.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Police secours, répond une voix métallique au bout du fil.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Au… secours…, je&nbsp; bégaie bêtement.</p>



<p>Mes mots s’étranglent dans le fond de ma gorge.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je n’entends rien, parlez plus fort&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis dans une cabine et j’ai besoin de secours&nbsp;! je parviens à articuler.</p>



<p>Les types frappent comme des bourrins sur la vitre.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y a trop de bruit, parlez plus fort ou demander à vos voisins d’être moins bruyants&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Venez, ils vont me violer&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis désolée, mais je n’entends rien. Pouvez-vous vous isoler dans un espace plus calme&nbsp;?</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je ne peux pas, ils vont me tuer si je sors.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ouvre la bouche, suceuse de queue&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis désolée, je vais raccrocher, je n’entends rien.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Je suis réfugiée dans une cabine téléphonique, deux hommes me harcèlent et j’ai besoin de votre aide, ils vont me tabasser&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Vous encombrez la ligne de la police, vous devriez avoir honte&nbsp;! Quelqu’un pourrait avoir besoin de secours pendant que vous me faites perdre mon temps&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Allez vous faire enculer, toi et tous les flics de la terre&nbsp;!</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; C’est ça, bonsoir à vous aussi.</p>



<p>—&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ça y’est, t’as appelé ta mère&nbsp;? s&rsquo;écrie un des types, la main sur sa braguette.</p>



<p>L’odeur de merde qui monte dans la cabine est insupportable.</p>



<p>Les Berus entament «&nbsp;<em>Salut à toi&nbsp;».</em></p>



<p>C’est le déclic, le réveil des morts&nbsp;!</p>



<p>D’un coup de Doc, je pousse brutalement la porte contre laquelle un des types me fait des grimaces avec la langue. Il prend la baltringue dans la figure, ses arcades se fendent et projettent du sang sur la vitre. Déséquilibré, il bascule en arrière. Je bondis en hurlant «&nbsp;<em>salut à toi, la gueule de con&nbsp;!</em>&nbsp;», lui marche sur la tronche et l’autre me saute dessus. Mais je suis déjà loin. Je trace de toutes mes forces en braillant&nbsp;: «&nbsp;<em>Salut à toi, le mec débile, salut à toi, le facho décérébré, salut à toi, le frustré du cul, salut à toi, tas de couilles molles&nbsp;!&nbsp;»</em></p>



<p>Une nouvelle fois, Les <em>Berus </em>me sauvent la vie&nbsp;!</p>

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